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Atelier d’écriture

jeudi 23 juin 2011, par Samuel

Mercredi 22 juin, j’ai eu la chance de participer à un atelier d’écriture dans Paris. 3 sujets de départ. Libre à chacun d’en utiliser 1, 2 ou 3

  1. Je fais peur aux femmes
  2. Chacun pour soit
  3. Cunégonde déprez, née le 1juin 1940 à Florence (Italie). N’est pas Italienne, divorcée deux fois, sans enfant, porte des talons aiguille

Je fais peur aux femmes. J’aime ça. J’attends dans le jardin, derrière le portail. J’attends qu’elles passent sans se douter de rien et d’un coup, je sors de ma cachette. Je saute, je tape dans le portail en leur hurlant dessus. Je fais peur aux femmes et j’aime les voir sursauter, crier, mettre leurs mains sur leur poitrine comme pour empêcher leurs seins de tomber. C’est bon, j’aime ça.

Je fais peur au facteur aussi. C’est plus dur. Il sait que je suis là, que je l’attends. J’arrive encore à le surprendre mais c’est plus rare. Ça a beaucoup marché au début ou l’été, avec les remplaçants. Parfois, de frousse, ils jettent le courrier dans le jardin. Je l’attrape, parfois, je le lis ou simplement, je le déchiquette. De toutes façons, c’est presque toujours la même chose. Des factures, des lettres de la famille d’Italie. tout cela adressé à Cunégonde Déprez, 23 rue des platanes, paris vingtième. Rue des platanes... Quelle bonne blague. Ça fait bien longtemps qu’il n’y a plus de platanes dans cette petite rue. Malgré son côté campagne à Paris, il ne faut pas se leurrer. On est en ville et on s’amuse comme on peut. À effrayer les passantes par exemple.

La nuit, je sors. Parfois, j’entends Cunégonde crier mon nom dans la rue :
— "Raoul !! Raoul !!"

Merde. C’est pas un nom de chien ça. J’aurais pu m’appeler Rex, Médor ou Jack comme Jack Russel, mon inventeur. Mais Raoul...

Je sors, je vais rejoindre mes potes et on va se balader. César est un fox terrier. Pour le coup, c’est pas vraiment original. Lupus, lui, est un Danois. Lupus... on dirait une maladie. Souvent, on ne fait pas grand chose. On flâne en remontant le canal de l’Ourq. En ville, on se ferait trop vite serrer par les flics alors on zone au vert. Ça fait quelques années qu’on traîne ensemble tous les trois. Je crois que maintenant, on fait plus ça par habitude que par envie. On ne peut pas dire qu’on ait grand chose en commun. Au début, peut-être, oui. Mais plus maintenant. On dirait un vieux couple. Un couple à trois dont les deux tiers se sont résignés. Se sont faits à l’idée que plus rien ne leur arrivera. Mais moi je n’y arrive pas. Je regarde les péniches. Les semi-remorques qui viennent d’Espagne ou de Lithuanie. J’aimerai convaincre Caline, la chatte des Delaurent, au bout de la rue, de venir avec moi. Je sais ce que vous vous dites. Un chien qui fricotte avec une chatte, ça n’existe pas. Alors qu’un chien qui sait écrire, ça ne vous pose pas de problème.

D’abord, Caline, c’est pas vraiment une chatte. Plutôt une tigresse. Elle est plus grande que moi et rien que ça, ça me fait japper. Je sais qu’elle est partante pour la grande aventure. Il faut juste encore un peu de temps, que Jean Francois, le dernier des enfants quitte la maison. Si tout roule bien, ça ne devrait pas tarder. Surtout depuis qu’il est à la colle avec la maîtresse de Méteor, le Persan d’à côté du libraire. On l’a bien joué ce coup là pour les faire se rencontrer. Quand ça sera fait alors on partira. Loin. Rencontrer d’autres gens, vivre d’autres choses, manger différent. Se poser, sympathiser puis partir à nouveau. On n’aura jamais de petits avec Caline. Ca ferait quoi ? Des chiats ? Non, ce n’est pas possible. On n’a pas le même nombre de chromosomes. Ou alors on adopte. Y a des oiseaux qui tombent des nids tous les jours, qui atterrissent au milieu de nulle part et qui seraient bien contents de recevoir un coup de patte.

Allez Jean François. Va t’installer avec ta douce et tendre et laisse nous, Caline et moi nous éclater enfin. Nous éloigner de l’épicentre du rien.

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